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Pourquoi méditer

« Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre ». Blaise Pascal – Pensée 139, sur le Divertissement

Pourquoi rester assis, sans rien faire, pendant de longues minutes, alors qu’on ne trouve jamais assez de temps pour accomplir tout ce que l’on doit faire ?

De façon assez amusante, dans ce simple paradoxe, repose sans doute une des clés de notre condition humaine : « always busy, never happy » – « toujours occupé, jamais satisfait » !

Jour après jour, nous dépensons une énergie considérable pour assouvir nos envies, pour construire notre bonheur, pour sécuriser notre existence, et pourtant, malgré tous les divertissements dont nous disposons, malgré tous les heureux moments qui égayent notre vie et malgré toutes les protections que nous avons érigées… arrive toujours le moment fatidique où émerge en nous un profond sentiment d’insatisfaction.

Un sentiment très troublant, qui nous donne l’impression que nous avons manqué la cible. Que nous ne sommes pas dans le « vrai ». Que notre existence passe à côté de quelque chose de plus essentiel, de plus profond, que nous n’arrivons pas à saisir, malgré tous nos efforts.

Alors bien sûr, nous donnons le change. Nous aimons croire que nos sourires et que nos activités florissantes constituent un masque solide, mais intérieurement, nous savons qu’il n’en est rien. Pourtant, malgré le caractère incontournable de cette demande intérieure, nous préférons continuer à en ignorer la réalité. Et ceci pour une bonne raison : nous savons très bien que le caractère radical de cette blessure existentielle est de nature à remettre en cause notre rapport au monde.

Alors, entre l’inconfort et l’inconnu, nous préférons naturellement nous en remettre à cet inconfort que nous connaissons si bien. Ok, la colère, la haine, la peur, le doute, la jalousie, l’avarice, l’orgueil, le désir ou l’ennui, font partie de nos vies et ne sont pas très agréables, mais après tout, n’est-ce pas le lot commun de toute l’humanité… depuis la nuit des temps ?

C’est exact. Mais avec le temps et les expériences de la vie, l’argument intellectuel ne tient pas face à la réalité intérieure. Quelque chose ne colle pas, et il va falloir s’en occuper !

Alors, puisque nous traitons habituellement notre intranquillité par l’action, et puisque cela ne marche visiblement pas, pourquoi ne pas essayer de prendre l’exact contre-pied de nos habitudes, en nous asseyant un moment, sans rien faire, pour laisser peu à peu apparaître en nous une réalité qui nous était cachée par la tempête de nos activités ?

Il y a un peu plus de 2500 ans, avec les mêmes préoccupations en tête, Siddharta Gautama, prince du clan des Shakya, prit la ferme décision de s’assoir en position du lotus, sans rien faire sinon observer son esprit, jusqu’à atteindre une certitude qui ne laisserait plus aucune place au doute et qui permettrait de libérer tous les êtres de la souffrance. Grâce à son courage et à ses qualités, il a trouvé là une voie fertile pour la connaissance de la réalité absolue, qui l’a conduit à l’état de Bouddha, un état d’éveil insurpassable et parfait.

Méditer, c’est partager cette expérience de paix et de liberté intérieure, dont le fruit se prolonge aujourd’hui jusqu’à nous.

 

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