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| Nadia Fontenaille |
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Nadia Fontenaille est née à Chatillon en 1922. Le grand jardin qui prolonge la maison maternelle sera le lieu privilégié de Nadia dans ses premières années et le havre de sécurité où elle viendra se réfugier, se ressourcer au cours de toutes les épreuves de sa vie. . Elle y côtoie les insectes, les fleurs, elle y est témoin des étapes de la vie, de la mort.
C’est là qu’elle fait ce qu’elle appelle ses premiers essais de peinture, avant de posséder la traditionnelle boîte de pastilles de couleurs. Grâce à beaucoup d’observations et d’inventivité, le vert qu’elle admire sera reproduit par la poudre de lichen qu’elle retire au pied des arbres fruitiers ; elle subtilisera le rouge sur un pan de mur peint de cette couleur ; quant au bleu : le bleu, c’était facile, maman se servait, pour rincer le linge, d’une petite pierre enveloppée dans un chiffon qui colorait l’eau en bleu.
Peu avant la guerre, en 1938, elle est inscrite à l’académie Foucerat, rue Notre Dame des Champs, afin de présenter le concours d’entrée à l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs.
Le 4 novembre 1939, après avoir obtenu une dispense d’âge, elle est reçue avec succès au concours d’entrée à l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, où elle passera trois années.
Dans les désordres occasionnés par la guerre, les débuts sont rudes, plus techniques qu’elle ne les avait imaginés. Du fait de la rigueur de cet hiver, des alertes fréquentes, des autobus rares, lents parce que roulant au gazogène, les allers et retours quotidiens Châtillon-Paris sont souvent de réelles expéditions.
Nadia ne se décourage pas, au contraire. Elle s’inscrit dans le même temps aux Beaux-arts où elle fréquentera tour à tour différents ateliers : les antiques, l’histoire de l’art, la fresque.
C’est aussi à cette époque qu’elle commence à se rendre à l’Académie de la Grande Chaumière, qui accueille encore toute la famille des Montparnos, celle des artistes et des modèles. |
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NADIA ET GUY-FÉLIX FONTENAILLE
Leurs activités – leurs échanges
Nadia, qui avait accepté un poste de professeur de dessin dans un lycée, décide de l’abandonner parce qu’elle veut consacrer davantage de temps à la peinture. Elle abandonne aussi les petits travaux de création de bijoux qu’elle réalisait le soir, à Châtillon. Elle refuse de s’engager auprès des galeries qui seraient prêtes à lui faire réaliser des tableaux sur commande et qui lui auraient apporté une substantielle rémunération.
Pourtant, elle doit, bien sûr, assurer son quotidien. Sur le conseil d’habitués de l’Académie, elle commence à poser, pour la réalisation de portraits, chez des particuliers, pour des cours de dessin, dans lesquels elle prendra des postures de danseuse. C’est une expérience enrichissante mais physiquement très éprouvante. Elle découvre la quasi-torture que peut devenir l’immobilité absolue que requiert la pose esthétique initiale, mais aussi peu à peu les subterfuges qui permettent de bouger imperceptiblement afin d’atténuer la douleur musculaire.
Guy-Félix Fontenaille se consacre à l’écriture de l’ouvrage qui s’intitulera Malheur et matière. Il a de constants échanges avec Nadia. Un passage va particulièrement bouleverser sa façon de comprendre et de traduire sa peinture : « Sans le divers, que serait l’unité ? Et sans l’unité, que serait le divers ? Vouloir les considérer l’un sans l’autre, c’est vouloir considérer le néant. L’évidence de l’unité est que le divers ne saurait avoir aucune existence sans elle. L’évidence du divers est que l’unité ne saurait rien être sans lui. » ( « Les deux Paradis », Malheur et matière, p. 159) Nadia, progressivement, comprend cette approche, la ressent profondément, mais des mois, des années lui seront nécessaires pour que « l’esprit des choses » se concrétise sur ses toiles.
« En peignant un verre de vin et deux pommes, on peut faire une peinture religieuse, me disait Fontenaille. Il faut représenter les choses, non plus en considération de ce qu’elles sont toujours pour échapper au néant, mais trouver une autre subordination : le retour à l’intégrité, le premier règne. »
Je n’arrivai pas à exprimer sur ma toile ce que je comprenais et ressentais. Cela dura des mois… des années. Commença alors une période d’analyse où je simplifiais les formes en ne gardant que l’essentiel.
« L’oiseau conserve ses ailes, la falaise ses aplombs, la plante sa structure, les dunes leurs ondulations, l’arbre sa silhouette, la mer ses plis, mais ailes, aplombs, ondulations, silhouettes ne sont plus que les notes ou traits d’une partition, d’un concert de formes conçu pour traduire le concert de l’être. » « L’aile n’a pas à s’ouvrir pour permettre l’assaut ou la fuite, mais pour avoir part à quelque concert de courbes et de teintes. »
En prenant pour appui le paysage et des oiseaux volant dans le ciel, j’arrivai à intégrer les lignes pour retrouver l’unité par l’harmonie de leurs traces. Le prolongement des lignes de l’oiseau devenait naissance de monts ou méandres de rivières.
Nadia continue à peindre activement dans l’atelier de Guy-Félix ; elle prépare plusieurs expositions, dont l’une qui aura lieu dans la galerie Hoche, rue Saint Honoré à Paris. À cette occasion Fernand Ledoux dira des textes de Guy-Félix Fontenaille.
Au cours de la même année, ce dernier va publier son œuvre majeure, Malheur et matière, au Cercle du Livre. Celle-ci se compose de trois parties distinctes : La Loi des nations – La Fin du malheur – Malheur et matière. La première partie est la plus importante. Guy-Félix Fontenaille la définit ainsi en quelques mots : « Ce fut le pourquoi de la multitude humaine puis celui de la diversité de cette multitude. Ce fut un livre consacré à la détermination, puis à l’énoncé d’un ordre purement humain » (in « Mémoires d’un isolé »).
Rue Chaplin à Paris dans son propre atelier, Nadia rencontre Yarmila Metzlova, qui pratique la paneurythmie, une danse dont la finalité est la communion avec l’univers, et dont la spiritualité prime sur l’esthétique tout en inspirant celle-ci. Elles se lient d’une amitié très forte ; Yarmila s’étonne des dispositions de Nadia dans cet art, elle vient danser avec elle dans le jardin de Châtillon. Elles resteront très proches jusqu’à la fin de la vie de la danseuse, si proches que celle-ci sera inhumée dans le caveau de famille de Nadia, ainsi que Dimitrova, le modèle le plus connu.
Nadia écrit alors elle-même le livret de trois ballets : « La Création », « La Dame de Chateaubrun », « L’Attente des choses ». Elle en réalisera elle-même les maquettes et costumes ; avec les conseils de son amie, elle présentera « L’Attente des choses » à la mairie du 6e à Paris. Elle fait elle-même partie du corps de ballet et danse devant l’une de ses grandes toiles qui sert de décor à la scène. |
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ENTRÉE DES OISEAUX DANS LA VIE DE NADIA FONTENAILLE
Nadia va maintenir un lien avec son mari disparu, en passant de longues heures à déchiffrer ses notes et ses écrits, jusqu’à l’épuisement. Elle travaille également à préparer la publication de ses mémoires, dont il a laissé le manuscrit en mourant. Elle le fait avec l’aide éclairée d’une historienne et amie de son mari.
En 1988, les éditions Baudinière publient le dernier ouvrage de son mari, Mémoires d’un isolé : le récit d’une partie de son existence, aussi émouvant que pudique, ainsi que la relation, par l’historienne, de la chronologie de ses principales actions et participations.
Nadia va sublimer son chagrin en reprenant certaines des toiles dans lesquelles elle va faire passer le meilleur de l’héritage spirituel qu’elle a reçu de Guy-Félix.
Elle retourne enfin aux réunions de l’Art sacré, à Paris. Elle expose à la Galerie Nesle « Le Triomphe de l’être », qui est la représentation picturale d’un texte de son mari.
Ses amis peintres, qui savent depuis longtemps qu’elle aime les oiseaux, lui confient ceux qu’ils trouvent, malades ou blessés ; elle les héberge dans son poulailler réaménagé, et va consulter son voisin vétérinaire s’ils ont besoin de soins.
Elle fait alors par hasard la connaissance d’une jeune femme qui, comme elle, est émue par les oiseaux en détresse. Celle-ci vient à Châtillon, découvre le grand jardin, l’ancien poulailler, l’atelier. Elles parlent ensemble de la misère des pigeons qu’elles voient dans les rues, de la façon dont souvent les humains les maltraitent.
Peu à peu mûrit dans leur esprit l’idée de s’organiser pour leur venir en aide. Mais comment s’y prendre ? Que faire ? Sa nouvelle amie l’assure qu’elle trouvera de l’aide. Professeur à la Sorbonne, elle a beaucoup de relations qui pourraient les éclairer dans les démarches à accomplir. Au bout d’un certain temps, Nadia se laisse convaincre.
NAISSANCE DE LA SOCIÉTÉ PROTECTRICE DES OISEAUX DES VILLES
Pour concrétiser l’élaboration de ce projet, Nadia et son amie réunissent quelques personnes prêtes à apporter leur concours. Des formalités nouvelles pour Nadia vont s’imposer : rédiger les statuts, distribuer les fonctions administratives et les responsabilités, déposer les statuts à la Préfecture.
L’existence de l’association est à présent enregistrée au Journal Officiel. Tout est en règle. Mais rendre la maison susceptible d’accueillir des oiseaux nécessite des transformations, des aménagements coûteux. Nadia décide alors de vendre tout ce qu’elle possède ; tout d’abord sa maison voisine, louée au vétérinaire, qui se portera acquéreur. Ensuite, les meubles et objets de valeur que sa mère lui avait légués ou donnés, tout au long de la pratique de son commerce. Elle doit transformer la distribution des pièces de la maison, créer les infrastructures indispensables.
Pour assurer les soins des oiseaux malades ou blessés, elle se rend toujours chez son voisin qui l’aide beaucoup. Celui-ci lui communique les adresses de ses confrères parisiens spécialisés. Commence alors avec certains d’entre eux une longue et fort efficace relation qui se poursuit encore aujourd’hui, lorsque le praticien bénévole attaché à l’association se trouve absent ou indisponible.
En 1989 paraît le premier numéro du Lien, quelques feuilles photocopiées, écrites par Nadia, qui deviendra le bulletin d’informations et de liaison entre tous les adhérents et amis de la SPOV. Nadia continue à peindre, mais le temps qu’elle peut consacrer à cette activité s’amenuise parce que les oiseaux arrivent de plus en plus nombreux. L’installation de volières dans le jardin apparaît indispensable pour accueillir les oiseaux handicapés qui ne pourront jamais retrouver la liberté.
Peu à peu, la presse écrite, les radios, les chaînes de télévision s’intéressent à la SPOV, viennent à Châtillon. Les informations que diffusent les médias à son propos accroissent le nombre d’oiseaux à soigner, mais n’ont jamais eu jusqu’à ce jour aucune retombée financière qui pourrait apporter de l’aide.
Dès le début des années 90, Nadia Fontenaille tente d’intervenir auprès des administrations et organismes décisionnels qui veulent limiter la prolifération des pigeons dans les grandes villes, prolifération qui entraîne des nuisances que les municipalités doivent combattre.
La capture des pigeons en vue de les euthanasier dans des coffres vides d’air entraîne une agonie lente et très douloureuse, que Nadia Fontenaille souhaiterait voir remplacer par une action plus immédiate abrégeant les souffrances de ces oiseaux : le gaz carbonique, administré dans les conditions requises pour réduire la durée de l’agonie des pigeons.
Mais limiter en amont le nombre des naissances lui paraît une mesure beaucoup plus rationnelle. Pour y parvenir, elle essaie de convaincre les mêmes organismes et les municipalités que deux dispositions seraient rapidement efficaces.
Tout d’abord l’autorisation de mise sur le marché de la graine anticonceptionnelle, autorisation en vigueur dans plusieurs pays de l’Union Européenne. En France, elle est actuellement soumise à l’accord des maires, mais sous de telles conditions que dans les faits elle n’est jamais concrétisée.
Nadia Fontenaille conseille dans le même but l’installation de pigeonniers dits « contraceptifs ». Ils peuvent être installés dans des jardins publics ou tout autre site adapté. Par un entretien suivi et éclairé, ces habitats qui regroupent rapidement les pigeons du voisinage permettent une limitation des naissances par le retrait d’un certain nombre d’œufs.
Le premier pigeonnier a été installé à Châtillon en 1995 par M. Schosteck, maire de la ville. C’est en 2003 que M. Delanoë a inauguré le premier installé à Paris dans le 14e arrondissement ; d’autres ont suivi ou sont en projet d’installation, dans d’autres villes de France.
En 2009 Nadia Fontenaille a plus de 5000 oiseaux dans ses volières et même… une autruche… |
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